Lili Barbery, la narine et le galet

Lili barbery-coulon avec Karena Virginia

Lili barbery-coulon avec Karena Virginia

Le yoga emplit des bouches innombrables de discours ésotériques sur la responsabilité qu’on aurait de tout, de notre bonheur, de notre malheur. Il donne du sens à tout, à l’insupportable, à l’anodin. Le yoga fait la promesse d’un dialogue possible avec l’univers. Il ne serait d’ailleurs pas seulement possible de s’adresser à l’univers, l’univers nous répondrait ! Et oui, nous pourrions, nous, petit terriens incertains discuter avec lui …

Celui-ci serait un Dieu sans visage, informe et individualiste, qui se prête à toutes les attentes. L’attente d’une étreinte, d’un prêt immobilier, d’un cochon d’Inde, de la paix dans le monde ou dans sa tête. On psalmodie, on s’étire, on respire fort, on reconstitue en nous l’univers, on scintille, on souffle par le nez, on bloque sa respiration. Vertiges, montée d’adrénaline, odeur de pied, extension de l’esprit qui fait corps avec le cosmos, on s’étend jusqu’au tapis de nos voisines de torture, on ferme les yeux et brusquement on a la sensation de vivre à l’intérieur de la narine gauche la femme qui respire si bruyamment à nos côtés.

Une raie de lumière se dépose sur notre visage, une étoile filante au moment ou on jette un coup d’oeil à travers la nuit, un souhait exaucé, une rencontre inopinée, le marchand de légumes qui nous sourit, le temps qui s’éclaircit, le plombier moins cher que prévu, une crotte de chien sous notre semelle ? Est-ce un hasard, un incident, une chance ? Non, c’est l’univers qui nous répond, “Il” nous parle. Il est pourvu d’une logique, d’un ordre, d’une volonté et il ne laisse presque rien au hasard.

Ce Dieu, cet ordre du monde dont le visage est sans contour, serait le cosmos, l’air qu’on respire, les particules de notre corps, il est les frites de patates douces dans nos assiettes, le jus de potiron dans notre verre, une mère bienveillante. Il est tout et nous aussi, lui en nous, nous en lui, je ne sais plus, certainement tout cela dans tous les sens possibles. Nous serions chacun une sorte de temple sans murs qui le renferme. Fermez les yeux .. Inspire, expire …

Pratiquez le yoga et la porte s’ouvre pour engager une conversation avec l’univers et tenter d’être dans ses petits papiers. Et c’est là que cesse l’ironie et les blagues douteuses.

galet-musca-paris

J’ai pris un cours hier avec Lili Barbery. Je suis arrivée avec une minute de retard, et toute la noirceur et ce fardeau d’ironie qui égaye mes jours et me désespère à la nuit tombée. Lili m’a accueillie, placée devant elle, tendu sa couverture roulée. Il fallait fermer les yeux. À chaque fois que je les ouvrais je regardais sa peau, son sourire et j’étais envahie par une envie primale et dévastatrice de me rouler contre elle, ou du moins contre ce qu’elle était en train de créer autour d’elle. (J’ai pu aussi m’assoupir à un ou deux moments). Sa peau me paraissait douce et d’une belle couleur. J’étais persuadée qu’elle sentait bon. C’était, et l’image est étrange je le reconnais, comme s’abimer dans la contemplation d’un galet d’une forme harmonieuse, un galet solide, souriant, immuable et l’entendre. Non pas entendre ses mots mais son intention. Les chants de gongs m’apaisaient malgré moi, à d’autres moment ils m’auraient irritée jusqu’à la violence physique. Ses mots, quoiqu’assez mystérieux, me berçaient. (Qu’est donc cette conscience supérieure qui nous unirait tous ? Pourquoi me parler de mon cycle, si souvent ?)

Lili Barbery Coulon

Lili Barbery Coulon

Mais surtout j’entendais cette pensée d’amour pour nous et les autres, d’acceptation, cette discipline d’humilité; une injonction douce : la pensée devait s’arrêter pour laisser place à l’écoute. C’était comme enfin se reposer de tout. C’était comme se plonger dans le bain de l’enfance et des besoins qui existaient alors et n’ont jamais cessé. On les a depuis masqués, travestis, ils sont tapis au fond de nous et là, assise sur mes pieds douloureux, je me rappelle d’un bien être que tout mon corps et mon âme aspirent à retrouver. La sensation prend le pas sur la pensée. La pire ordure ne peut qu’être bonifiée par cet état ou l’ironie et la méchanceté cèdent face à ce don que fait Lili, face à l’attention qu’elle porte à chacun et dont elle a l’air de se nourrir autant qu’elle nourrit les autres. 

Alors qu’importe le flou, le mysticisme, le prisme unique de cette pratique, si elle nous rend meilleur pour nous et pour les autres, le temps qu’on est là.

J’espère que cet article ne sera pas vécu comme un blasphème par ses adeptes les plus fervents. Peut être suis je sur le chemin pour les rejoindre.

Constance Lacorne , Musca Paris

Pour en savoir plus sur Lili Barbery Coulon : Le site de Lili Barbery , et son compte Instagram